Parmi les essais mesurant l’impact de la suppression du labour en système grandes cultures, figure celui de la station régionale d’essais des chambres d’agriculture de Bretagne. Zoom sur cet essai mené depuis 2003, à Kerguehennec dans le Morbihan, sur une parcelle en bio depuis 1996.
Quatre techniques de travail du sol sont comparées : labour classique (LC) à 20-25 cm, labour agronomique (LA) à 15 cm (charrue classique sans rasettes), travail superficiel avec chisel à 12-15 cm et travail très superficiel aux dents à 7-8 cm. L’essai vise à évaluer l’incidence du non-labour sur le sol mais aussi sur les cultures en place (rendement et qualité). Après huit ans d’essais, les résultats montrent que le non-labour conduit à une accumulation de la matière organique en surface, ainsi que de la potasse et du magnésium. “85 % de la matière organique s’accumule dans les 7 premiers centimètres, ce qui assure une très bonne porosité de surface, indique Aurélien Dupont, ingénieur chargé d’études responsable de l’essai pour les chambres d’agriculture de Bretagne. Par contre, en profondeur, la porosité créée mécaniquement est moins bonne mais elle est compensée par une bien meilleure porosité biologique issue de l’activité de la faune du sol (1). Or attention aux raccourcis ! La biomasse des vers de terre n’est pas exclusivement liée au fait de labourer ou pas, elle dépend aussi de la présence de nourriture en surface. Ainsi, par rapport au labour, on peut avoir moins de vers de terre en non-labour si l’on n’a pas de couvert et de matières organiques pour les nourrir.”
Incidence sur le rendement
Quant à l’incidence sur le rendement, elle varie fortement selon le type de culture. “Les diminutions de rendement observées en non-labour sont beaucoup plus marquées en céréales qu’en maïs, car il y a davantage de pertes à la levée par rapport au labour ainsi qu’une plus grande densité d’adventices (2). En maïs au contraire, la gestion mécanique de l’enherbement est beaucoup plus facile et il n’y a pas plus de pertes à la levée.” En conclusion, selon l’ingénieur, il est difficile de conseiller le non-labour permanent en systèmes céréaliers bio sans élevage. “Le recours au labour agronomique, voire le labour une année sur deux, restent toutefois un bon compromis.”
Jean-Martial Poupeau
(1) La biomasse lombricienne est de 41 grammes par m2 en non-labour contre 15 à 20 en labour classique et agronomique. Par ailleurs, en non-labour, les vers de terres sont beaucoup plus gros.
(2) La densité d’adventices passe de 400 plantes par m2 en LC à 800 en LA et 1 200 en non-labour, essentiellement du mouron et de l’avoine à chapelet.
Vincent Seyeux : premiers pas
À la tête de plusieurs fermes en Mayenne et Maine-et-Loire, Vincent Seyeux en a converti une de 100 ha en mai 2009. Engagé depuis 18 ans dans les techniques culturales simplifiées (TCS) en conventionnel, il a souhaité poursuivre dans cette voie en bio, mais pas de façon stricte. Pour preuve, il s’est résolu à labourer pour l’implantation de ses céréales en première année de conversion. “Je ne l’ai pas fait de gaieté de coeur et j’ai étonné beaucoup de personnes autour de moi mais il faut parfois se résoudre au labour pour réduire certains risques de salissement”, estime-t-il. Pour mieux gérer ces derniers dans l’optique TCS, le producteur mayennais s’est donné cependant plusieurs garde-fous. “La présence locale d’une usine de déshydratation me permet d’introduire dans la partie bio la luzerne en tête d’assolement, pour une durée de trois ans. Celle-ci sera très efficace pour lutter contre les adventices. Par ailleurs, toutes les cultures bio sont semées à 30 cm d’écartement de façon à être binées. Je compte aussi mettre à profit dans la partie bio mon expérience des couverts végétaux et pourquoi pas, comme en conventionnel, faire du strip till (1).”
(1) Le strip till, originaire des États-Unis, consiste à ne travailler que le rang de semis et permet un gain de temps et de carburant, limite l'érosion et les adventices