Pratiques homéopathiques : Boiron mène l’enquête

Le 28/11/2010 à 9:28 par La Rédaction

La notoriété du laboratoire Boiron en homéopathie humaine n’est plus à faire. Mais sa gamme vétérinaire, encore mal identifiée, peine à s’imposer parmi les agriculteurs, même en bio. Pour en comprendre les raisons, le fabricant a réalisé une étude sur la base d’interviews.

En mai dernier, 100 éleveurs ont été contactés par téléphone suite à l’envoi d’une brochure présentant la gamme homéopathique vétérinaire Boiron. 60 % des éleveurs interrogés font usage de l’homéopathie. Ceux qui travaillent en bovins lait ont significativement plus recours à l’homéopathie que leurs confrères en bovins allaitants. Quant aux élevages caprins, quasiment tous profitent de soins homéopathiques. Au total, sur 42 éleveurs en bio depuis plus de 5 ans, 11 ne soignent leurs troupeaux qu’avec de l’homéopathie. Une moitié la fait intervenir en complément de la phytothérapie (souvent de “fabrication maison”), avec, en plus, parfois, des huiles essentielles. Rappelons que cette médecine est recommandée par le Règlement européen de l’agriculture biologique. Sans résidu dans le lait, le colostrum ou la viande, le remède homéopathique n’oblige à aucun délai d’attente avant commercialisation. De plus, il est sans effet secondaire sur l’animal. Enfin, le nombre de traitements n’est pas limité.

Reproduction et mamelle en tête

Les utilisateurs d’homéopathie sont adeptes, en premier lieu et pour l’essentiel, des spécialités liées à la reproduction et au fonctionnement de la mamelle. “Le produit historique de la gamme est le Wombyl®, indiqué dans les complications après mise-bas et la non-délivrance, précise Christophe Calleja, responsable du développement vétérinaire Boiron. Il a fêté cette année ses 60 ans !” Suivent les produits en lien avec le tarissement, puis les problèmes pulmonaires, enfin les diarrhées. “Nous avons fréquemment des demandes concernant les antiparasitaires, confie-t-il. Nous ne pouvons y répondre car les médicaments homéopathiques ne tuent pas les parasites. En revanche, on peut aider l’organisme à se défendre et éliminer le parasite en stimulant l’immunité, mais il ne s’agira que d’un traitement complémentaire”.

Mode d’administration

Le poids des habitudes et une méconnaissance de la gamme vétérinaire expliquent la prédominance de l’utilisation de granules. Mais aussi leur prix. Sur ce point, l’entrée des spécialités en gros volumes pourrait changer la donne. Reste que, pour un traitement individuel, le granule est meilleur marché qu’un flacon de 125 ml. Et il est le seul qui permet “de pratiquer une médecine homéopathique uniciste, qui s’adresse à un individu en particulier, corrigeant des maux spécifiques à l’animal concerné”, reconnaît Christophe Calleja.

La suprématie des granules est aussi entretenue par les prescripteurs : pharmaciens comme vétérinaires – mêmes ceux spécialisés en homéopathie – travaillent couramment avec.

Ceux-ci sont administrés directement dans la gueule, parfois entre les dents et la lèvre inférieure, ou dilués dans l’eau. Dans ce cas, ils sont soit injectés dans la bouche à l’aide d’une seringue ou d’une pipette, ou bien incorporés à l’eau des abreuvoirs, ou sur les aliments (foin, concentrés, dans une pomme…). Cela dépend si le traitement se veut individualisé ou non.

Toutefois, la moitié des enquêtés emploie aussi des complexes en solutions buvables et 5 agriculteurs recourent aux formes injectables.

Quelles contraintes ?

Si l’homéopathie apparaît facile d’utilisation pour la moitié des interviewés, des contraintes de durée ou d’administration sont toutefois signalées. D’où l’intérêt de promouvoir les spécialités beaucoup plus commodes d’usage. Par ailleurs, le manque de vétérinaires spécialisés ou sensibilisés à l’homéopathie entraîne bien souvent l’achat de tels produits chez le pharmacien. De fait, nombre d’éleveurs recourent aux gammes de santé humaine pour soigner leurs animaux, uniquement disponibles en granules.

La peur de l’inefficacité et, chez les utilisateurs d’homéopathie, un manque de connaissances participent aussi de la difficulté. Chez ces derniers, l’enquête relève que près de 40 % souhaitent bénéficier de formations.

En somme, “il existe encore un fossé entre la demande et l’offre en matière de traitement vétérinaire homéopathique, analyse Christophe Calleja. La demande des éleveurs bio est certaine, que ce soit en conseils, disponibilité de médicaments ou bien formations”. Renforcer les partenariats avec les vétérinaires et informer davantage les agriculteurs sur les médicaments homéopathiques disponibles, tels sont les défis à relever par le laboratoire Boiron.

Gaëlle Poyade

Septembre-Octobre 2010 Biofil n°72