Cet éleveur installé en Corrèze élève une quarantaine de veaux de lait bio, engraissés exclusivement au lait de tétée.
Au pays du veau de lait, à Sainte-Fortunade au sud de Tulle, en Corrèze, Frédéric Bouysson a repris l’exploitation de son père en 1998, composée aujourd’hui de 45 ha. Les terres sont ici vallonnées et boisées à 400 m d’altitude. Le climat est doux. « Faire avec ce que l’on a », tel est l’adage de cet éleveur. Son cheptel de 42 vaches allaitantes, 34 Limousines et 8 laitières, semble plutôt bien s’en accommoder. Pour assurer la santé du troupeau, l’éleveur mise sur la prévention et l’observation, des pratiques qui lui assurent à l’année « 42 vêlages de veaux vivants ». Normandes, Montbéliardes, Abondances et Simmental constituent le groupe des laitières. « Je suis à la recherche de la meilleure nourrice », précise-t-il. Légumineuses et graminées composent logiquement les prairies pour assurer un lait équilibré. C’est aussi l’herbe qui sert à faire du foin pour les vaches l’hiver, complété d’un méteil de triticale, avoine et pois pour les vaches, voire de l’épeautre, distribuée sous plusieurs formes. Les veaux eux, tètent à volonté, à heures fixes. À 5 mois, ils sont matures.
Naissance : dehors ou dedans
À la naissance, le veau reste 15 jours avec sa mère en permanence. Il tète 3 à 4 fois dans la journée et rentre en bâtiment le soir avec elle. S’il naît l’hiver, entre décembre et avril, il demeure en bâtiment. « L’objectif est de ne pas faire courir l’animal pour faire plus de gras, mais si le veau reste dehors, il sera plus tonique et fera plus de muscles, donc moins de gras et c’est plus difficile d’obtenir une viande claire », explique l’éleveur. En bâtiment, la surface fixée est de 1 m2 minimum par kg de poids vif. 6 m2 par box sont prévus pour pouvoir accueillir 3 veaux. Le bâtiment est composé de trois parties : stockage, boxes et zone de tétée. « Tout est fait pour que l’air circule bien, précise Frédéric Bouysson. J’ai prévu 4 m d’ouverture au-dessus des veaux pour qu’ils aient un air renouvelé, sans mauvaises odeurs ».
Mère et nourrice : trouver le bon équilibre
Élevé sous la mère, le veau tète à volonté. « Ni plus ni moins, précise simplement Frédéric, mais toujours à intervalles réguliers. C’est très important pour ne pas perturber l’animal ». Le veau tète sa mère, puis la nourrice intervient à partir de deux mois. L’éleveur n’a pas fait d’analyse sur la qualité du lait mais observe l’attitude de ses veaux qui « apprécient de téter certaines races plus que d’autres ». Normandes et Abondance sont les plus appréciées. « Pour les Montbéliardes, tout dépend des vaches, qui peuvent être parfois belliqueuses », relate l’éleveur. Mais si la Normande a de bonnes qualités laitières, sa quantité de lait produite est liée à celle de l’herbe. L’un de ses collègues utilise des Brunes des Alpes qui ont aussi une bonne cote auprès des veaux. L’objectif pour Frédéric Bouysson est de bien les finir. « Vers 5 mois, le veau ne veut plus de lait de la même façon, on le voit, il est mûr et il ne faut pas attendre », constate-t-il. Les veaux sont abattus entre 4 et 5 mois à un poids vif de 225 à 230 kg pour des viandes classées entre blanc et rosé clair.
Frédéric Ripoche
Clés de réussite
Frédéric Bouysson retient trois points essentiels : l’alimentation des vaches, la propreté de la litière et la maîtrise du parasitisme. Sur ce point, il joue la carte préventive avec un apport « oligo-minéraux-vitamines », complété de la méthode d’observation Obsalim. Une coproculture est faite à l’automne sur 2 ou 3 bêtes au hasard pour vérifier l’état du parasitisme. L’homéopathie et l’aromathérapie sont privilégiées et, si besoin, l’allopathie. Les strongles sont régulés en pâturage tournant. L’argile est utilisée pour les éventuels problèmes de mammites comme emplâtre et proposé aux veaux en libre-service « pour développer une bonne flore intestinale ». Depuis deux ans, il suit également une formation d’ostéopathie avec un groupe d’éleveurs pour répondre à certaines pathologies telles que les boiteries. « La prévention est pour moi 80 % de la réussite », assure-t-il. « Je n’ai pas de problème en période de chaleur, les vêlages se passent bien, les veaux n’ont pas de diarrhées, tout s’enchaîne ».
Veau de lait : produit à haute valeur ajoutée
Pour Frédéric Bouysson, le prix au kg de carcasse avoisine 9 euros (il évoque des classements de 0E3 à 2U2). Ses veaux sont vendus par la SCA Le Pré Vert. « Croire à ce que l’on fait et produire de la qualité, c’est d’abord ça l’essentiel et le consommateur revient », affirme-t-il. L’éleveur regrette que la prime spécifique « veau bio » soit désormais conditionnée pour moitié à l’adhésion à un groupement d’éleveurs, alors qu’il est un des rares bio dans son secteur. L’élevage de veau de lait est exigeant, soumis à une gestion rigoureuse des tétées. L’éleveur travaille 7/7 jours et fait appel au service de remplacement l’été qui fonctionne bien. « Mon système est autonome mais trop solitaire, estime-t-il. Il faudrait être à deux ou trois et faire aussi d’autres productions. »