Fabricant d’aliments bio à La Gimond (Loire) depuis plus de 35 ans, Cizeron Bio vient de réaliser d’importants investissements dans le domaine des automatismes et de la traçabilité.
Une certification au regard du guide de bonnes pratiques de fabrication des aliments composés parachève la démarche.
Héritier d’une longue tradition de meuniers installés à La Gimond depuis 1763, Cizeron Bio s’est engagé, très tôt, aux côtés de l’agriculture biologique. Dès 1973, André et Bernadette Cizeron lancent une fabrication d’aliments pour animaux, en complément de la meunerie, marginale désormais (600 tonnes de céréales écrasées chaque année). Il s’agit alors de répondre à une demande locale émergente. N’ayant “ni l’envie ni les moyens de faire de l’aliment industriel”, la famille se tourne vers le bio. Les tonnages ne cessant de progresser au fil du temps, une nouvelle usine est construite sur le site en 1998, avec l’appui fi nancier du groupe coopératif régional Euréa (Feurs, Loire). Cizeron Bio, société anonyme détenue à parité, est née, dont André Cizeron demeure P-dg. Son fi ls Jean- Charles, diplômé de l’École de meunerie, en est le directeur aussi bien que le responsable technique au sein d’une équipe qui compte une dizaine de salariés.
Des partenariats durables
Les fabrications, qui ne dépassaient pas 60 tonnes mensuelles à la fi n des années 1990, atteignent désormais 1 200 à 1 300 tonnes par mois ! Précisément 15 500 tonnes au cours de l’exercice 2009/10, clos le 30 juin dernier, ce qui en fait “le leader du grand quart Sud-Est de la France”. L’essentiel des ventes est réalisé dans un triangle Montluçon, Besançon, Cavaillon. L’augmentation des volumes fabriqués – uniquement sur commande – conjugué avec l’accroissement de la densité d’élevage permet de bien remplir les camions de livraison, se félicite Jean- Charles Cizeron. Il n’en demeure pas moins que chaque tonne d’aliment parcourt pas mal de kilomètres avant d’être déchargée. Raison de plus pour faire en sorte que les camions ne reviennent pas à vide, mais chargés de matières premières.
Si la crise de la “vache folle” a soutenu le développement des productions bio au début de la décennie 2000, une adhésion plus franche, plus consciente ou éthique, a pris le relais désormais. “L’ESB a créé des consommateurs captifs car inquiets ; aujourd’hui, ils sont plus responsables et mettent du sens dans leur acte d’achat”, constate Jean-Charles Cizeron. De son côté, l’entreprise s’attache à nouer des partenariats durables – des contrats de 3 à 5 ans – avec ses fournisseurs de matières premières aussi bien que les éleveurs ou les groupements de producteurs. Et ce dans un “esprit de fi lière” et de développement régional, avec la volonté affi chée d’offrir un débouché à l’ensemble des cultures issues des rotations agronomiques auxquelles s’astreignent les agriculteurs bio.
Un défi relevé, tous les jours, grâce à la diversité des espèces animales destinataires (50 % volailles, 30 % porc, 20 % ruminants) et à une longue expérience de la formulation en bio – laquelle ne fut pas toujours la priorité de l’Inra ou des instituts techniques, se souvient Jean-Charles Cizeron. Les céréales sont achetées en Rhône-Alpes, Auvergne, Bourgogne et, éventuellement, dans les régions limitrophes. Les tourteaux (tournesol, colza, soja), extraits sans hexane, sont fournis par des triturateurs du Centre et de Midi- Pyrénées. Une partie des matières premières provient du nord de l’Italie en raison d’une relation commerciale tissée à une époque où les productions locales étaient très déficitaires. Le cahier des charges bio impose un “lien au sol”, et à défaut un approvisionnement de proximité, de 50 % pour les céréales et les coproduits, rappelle Jean-Charles Cizeron.
Une productivité dopée
La croissance constante des tonnages a imposé, dès 2001, l’installation d’une seconde ligne de granulation dans l’usine. Malgré cela, des limites de productivité ont peu à peu été atteintes, justifi ant une remise à plat des automatismes et de l’informatique de production. C’est ainsi que de nouveaux équipements ont été installés, au printemps dernier, par une société nantaise. Non seulement la productivité a progressé de 40 %, mais encore la consommation d’énergie a baissé de 25 %. “Nous avons rationalisé toutes les marches à vide, les procédures de rinçage, la montée en puissance des presses”, témoigne Jean-Charles Cizeron. Pour accompagner ce bond de la productivité, la capacité d’expédition des aliments vrac a été doublée. La durée de chargement d’un camion de 25 tonnes a été ramenée de 30 minutes à 5 minutes. Le magasin de stockage de produits fi nis en sacs va lui aussi connaître, très prochainement, un doublement de sa capacité. Les formules (80 références) et les process de fabrication associés sont désormais intégrés à l’automate. Une recherche de traçabilité se fait de manière quasi-instantanée : “5 secondes pour remonter 6 mois en arrière !” Il est ainsi possible d’identifi er le camion qui a livré telle matière première, et même la parcelle où elle a été cultivée, grâce aux déclarations Pac. L’intérêt n’est pas tant de remonter à l’origine d’une éventuelle non conformité, mais “surtout de savoir pourquoi ça a bien marché”, explique Jean-Charles Cizeron. Toujours ce souci de travail collaboratif. Cet important effort de modernisation, réfléchi durant trois ans, a coûté entre 350 000 et 400 000 euros. Il a été couronné par une certifi cation au regard du guide de bonnes pratiques de la fabrication d’aliments composés, décernée par Qualité France.
Extrusion et thermisation à l’horizon
“Nous avions une bonne base matérielle ; désormais, nous avons une bonne base logicielle aussi”, résume Jean-Charles Cizeron, qui se dit “très satisfait” de l’aboutissement de ce projet. “Dans la fi lière bio, tout le monde doit accroître sa productivité et faire des économies d’échelle. Les petits lots coûtent cher.” Et l’aliment bio deux fois plus que l’aliment conventionnel. Déjà, d’autres investissements s’annoncent. Dès septembre seront installés 50 m2 de panneaux solaires thermiques qui réchaufferont l’eau utilisée dans les circuits de fabrication : ainsi portée, à l’entrée dans le circuit, de 15°C à 65°C, il sera possible d’économiser, sur ce poste, 40 % de fi oul. Tous les flux énergétiques entrant et sortant de l’usine sont d’ailleurs déjà mesurés, et Cizeron Bio compte franchir une étape supplémentaire, prochainement, en mesurant ses bilans carbone. L’entreprise travaille de 6 heures le matin à 20 heures le soir, avec des capacités de 15 t/h au dosage (4 bennespeseuses dans l’usine), 7,5 à 12 t/h au broyage selon les produits, et de 7,5 t/h en granulation (avec les 2 presses). Les lignes de fabrication ont été conçues de sorte à pouvoir accueillir ultérieurement des équipements d’extrusion (soja et autres) et de thermisation (en réaction à la directive salmonelles). Deux investissements qui pourraient être réalisés dans les trois ans, laisse entendre Jean-Charles Cizeron.