Parce qu’il résiste mieux aux aléas de l’existence s’il évolue dans un milieu naturel et diversifié, l’animal d’élevage trouve dans la faune sauvage nombre d’agréments ou de solutions qui renforcent son bien-être, voire sa survie.
Les animaux sauvages sont bien souvent les révélateurs précoces des perturbations naturelles ou liées à l’activité humaine des airs, des eaux, des sols, du monde végétal et animal. Ces “messagers” sont compris par les animaux domestiques. Certains oiseaux, hauts perchés, ont vue sur la vallée et surveillent. Alerteurs, ils annoncent à leurs congénères et à l’ensemble des animaux alentour le danger du prédateur approchant : renard, chien, rapace, l’homme ou le tracteur notamment. Les oiseaux domestiques mais aussi les mammifères comprennent le message d’alerte et le différencient du chant de courre ou de conversation d’usage, et réagissent en conséquence. Comme ces oiseaux alerteurs sont en éveil, les poules, vaches ou moutons se consacrent pleinement à leur alimentation ou autres occupations. Tandis qu’une poule, une pintade ou un canard qui doit veiller luimême, picore moins et manifeste des comportements de stress visibles. Toilettage et hygiène réciproques Pies, étourneaux dans les pâtures sont de fidèles et utiles compagnons des vaches, chevaux, et autres herbivores. Patiemment, ils les toilettent de leurs parasites externes. De plus, les essences de certains arbres éloignent les acariens et d’autres ectoparasites des vertébrés. Bousiers, oiseaux, et autres ébouseurs, plus nombreux dans les champs vivants, facilitent la dégradation des bouses, crottes, crottins et fi entes déposées par les animaux domestiques. En parallèle, nombre de parasites qui sont avalés par les animaux sauvages ont leur cycle interrompu, préservant ainsi les animaux domestiques d’invasions massives. En échange, les animaux sauvages laissent sur les prés leurs propres parasites qui, avalés par les vaches, brebis, poules, ou porcs, meurent après avoir parfois participé au nettoyage interne de leur hôte exceptionnel. Les animaux sauvages sont parfois accusés de transporter des maladies ; or, les études épidémiologiques montrent, au contraire, que les populations sauvages gèrent mieux les agents des maladies. Ainsi, parmi les canards sauvages, seuls un ou deux d’un groupe meurent lorsqu’ils rencontrent le virus de la peste aviaire tandis que, dans les élevages domestiques et industriels, quasiment toutes les volailles périssent. Si les mulots ont leur place dans la régulation des insectes et autres animaux du sol, la présence de busiers et autres rapaces dont ils sont les mets s’avèrent indispensables pour réguler leur nombre.
Effet papillon
Lorsque l’homme intervient directement ou indirectement, intentionnellement ou non, sur une espèce animale ou dans une niche écologique, c’est l’ensemble de l’écosystème sauvage et cultivé qui est déséquilibré. Ainsi, l’argus bleu, papillon qui disparut en Angleterre en même temps que les lapins mourraient de myxomatose : les lapins, en broutant l’herbe des prairies, débroussaillaient et permettaient à la plante nourricière de la chenille de pousser à la lumière. Bel exemple d’un “effet papillon” de destructions, après avoir touché un seul maillon d’un écosystème. Si l’une de ces espèces est considérée comme “nuisible” par l’homme, c’est que l’équilibre de la biocénose est rompu en amont ou en aval, et bien souvent c’est encore l’homme qui en est le responsable, par méconnaissance, négligence, et souvent poussé par son déni du vivant et sa croyance qu’il va dominer la nature avec la technique. Pourtant, les faits nous le montrent : chaque animal, chaque plante, chaque être vivant, s’il est à sa place, est tout occupé à réaliser son talent. Chacun s’y retrouve et l’homme aussi… s’il reste à sa place.
Le bonheur est dans le pré… habité
Retrouvez l'intégralité de l'article dans Biofil n°75