À l'automne, Émeric Drouot amène ses moutons paître dans le verger de Jocelyn Carle, à Loriol-sur-Drôme. Un échange de bons procédés qui repose sur une bonne entente.
Depuis deux ans, en octobre, les vergers de Jocelyn Carle accueillent de nouveaux pensionnaires : les moutons d'Émeric Drouot, éleveur nomade. Les mille têtes de ce troupeau parcourent au fil de l'année des exploitations diverses, pâturent couverts végétaux, vignes ou encore vergers. Des échanges de services, sans transactions financières. Les animaux, pour deux tiers de race Moureros et un tiers Mérinos, sont vendus pour leur viande, prin- cipalement en vif et le reste en caissette, et leur laine est transformée. À Loriol-sur-Drôme, Jocelyn Carle conduit un verger de 40 hectares, certifié Demeter, auquel s'ajoutent 10 ha de grandes cultures. Il produit pommes, poires, abricots, pêches et kakis. « Les moutons viennent nettoyer les parcelles, et ramènent ainsi de la vie animale dans les vergers », explique l'arboriculteur. Jocelyn Carle constate aussi un impact sur les campagnols, et sur le lierre envahissant les troncs, consommé par les animaux. Côté dégâts, notamment écorçage, pas de soucis à noter : « Émeric fait attention, la surveillance est quotidienne ». Il n'a pas non plus vu de tassement des sols.
Confort pour la taille
Si le travail de nettoyage des moutons est appréciable, il n'économise pas un passage mécanique. « L'herbe n'est pas très haute quand Émeric arrive. Mais après le passage des animaux, l'herbe est rase, c'est agréable pour tailler », juge l'arboriculteur. Les moutons restent un mois chez Jocelyn Carle. « À cette période, cela va très vite, il n'y a pas énormément d'herbe, fait part Émeric Drouot. La ressource est limitée. » En 2021, le berger a séparé son troupeau en lots d'environ 350 moutons, soit le chargement d'un camion. Chaque lot change de parcelle quand l'herbe vient à manquer. C'est lui aussi qui s'occupe des clôtures, réalisées avec des filets électrifiés de 90 cm de haut. « Le souci chez les arboriculteurs chez qui nous allons, c'est que les parcelles sont un peu petites, et ne se touchent pas forcément, obligeant à passer beaucoup de temps pour les clôtures et au transport des animaux. » Un mauvais point contrebalancé par l'irrigation des cultures. « L'aspersion assure la présence d'herbe verte, explique Émeric Drouot. Les étés sont de plus en plus secs, c'est compliqué quand il n'y a pas d'irrigation. » Le berger étant équipé d'une ferme mobile, la possibilité d'accueillir tout son équipement chez Jocelyn Carle a aussi pesé dans la balance. Si son troupeau n'est pas certifié bio, Émeric Drouot essaye au maximum de faire pâturer ses animaux uniquement chez des producteurs bio, par conviction. « Et en arboriculture, vu le nombre de traitements en conventionnel, on ne veut que du bio, car les brebis mangent les feuilles tombées à l'automne », précise l'éleveur.
Inquiétudes sur le cuivre
Quant à l'impact du cuivre sur son troupeau, il reconnaît avoir des inquiétudes. Même si Jocelyn Carle, ne traite pas à l'automne, l'exposition chronique peut être fatale, et les mécanismes d'élimination de la molécule chez les moutons sont complexes, et encore flous. « C'est un grand point d'interrogation. En mars dernier, nous avons eu une mortalité importante avec des symptômes d'empoisonnement, après pâturage dans des vignes et vergers bio. On se demande si le cuivre n'est pas en cause », relate le berger. Côté organisation, les deux hommes évitent tout télescopage entre les chantiers de taille et les moutons. « On s'entend à la semaine et on ajuste au jour le jour pour savoir où seront les animaux, développe Jocelyn Carle. Le fonctionnement est assez simple. Il faut bien communiquer. » « Cela ne peut pas se faire avec tout le monde, il faut une certaine ouverture », abonde Émeric Drouot. Quid d'un pâturage en saison ? Jocelyn Carle est frileux à cause des dommages possibles, mais pas opposé à l'idée. « On pourrait tester. »
Marion Coisne