Du soja en sec au lycée agricole d'Auch (Gers)

Le 06/03/2014 à 12:37 par La rédaction

Cultivés en bio depuis 1999, les 53 hectares du domaine de la Hourre, l’un des trois sites du lycée agricole d’Auch, reçoivent, selon les années, entre 4 et 7 hectares de soja en sec.

Soja_Auch_Gers_Hourre“Sur le domaine, le soja ne peut être cultivé que sur trois parcelles de fonds de vallée ou avec une faible pente, des limons-argileux à faible ennoiement temporaire mais à bonne réserve”, explique Loïc Prieur, responsable du Creab (Centre Régional de Recherche et d’Expérimentation en Agriculture Biologique). Depuis 1999, le blé y alterne avec le soja, seule plante d’été donnant sur ces parcelles des marges satisfaisantes et pouvant revenir aussi fréquemment dans la rotation. Après récolte du blé et plusieurs déchaumages avec des outils à dents, les terres sont labourées entre novembre et décembre-janvier puis laissées telles quelles pendant tout l’hiver (lire en encadré). “Dans ce type de sols, le labour permet au gel d’exercer un effet restructurant, de plus il contribue à réduire le stock des graminées ayant un TAD (1) élevé comme le vulpin ou le brome.”
Plusieurs faux-semis
Après une première reprise au vibroculteur pour écrêter le labour dès que possible, généralement fin février début mars, 3 à 4 faux-semis sont effectués très superficiellement soit à la herse étrille soit au vibroculteur (en cas de repousses importantes d’adventices après une longue période pluvieuse). “La herse rotative n’est pas utilisée car elle affine trop le sol et favorise le développement des adventices dans l’inter-rang.”
Le semis est réalisé généralement dans la première quinzaine de mai en sol réchauffé, avec un semoir Monosem NG + 7 rangs à 60 cm d’écartement, à une densité de 555 000 plantes par ha. La variété Isidor, référence en alimentation humaine, est utilisée en raison de son taux habituellement élevé en protéines (43,5 % en 2012). Malgré la présence de soja une année sur deux, les semences sont inoculées avec une demi-dose de Force 48. L’inoculation des semences avec des bactéries favorisant l’alimentation azotée des plantes avant que la fixation symbiotique ne prenne le relais, améliore la teneur en protéines.
Le passage en aveugle, capital
Trois jours après semis si possible, la herse étrille ou la houe (si le sol est croûté) sont passés en aveugle, “de manière agressive et à vitesse élevée”. “Ce passage précoce représente une sécurité et ce d’autant plus que des conditions humides peuvent venir, empêchant toute intervention.” Suivent deux passages, de houe aux stades jeunes du soja puis de herse étrille ainsi qu’un à deux binages selon le climat et les levées d’adventices (2). “Malgré le retour du soja un an sur deux, le niveau de salissement reste très acceptable, même si nous effectuons de manière ponctuelle et ciblée un désherbage manuel contre Xanthium (Lampourde). La pratique du labour, l’absence d’irrigation ainsi que les nombreux faux-semis sont autant de facteurs favorables à la lutte contre les adventices.” À l’exception de 2013 où le soja n’a pas été implanté en raison des conditions météo très humides au printemps, les rendements oscillent entre 6 et 30 q/ha avec une moyenne de 17 q, valorisés 720 euros la tonne en 2012 auprès d’Agribio Union.

 Jean-Martial Poupeau

(1) Taux Annuel de Dégénérescence.
(2) Le buttage est proscrit pour ne pas ramasser de terre à la récolte, la coupe de la moissonneuse devant être réglée très bas pour récupérer les graines issues des 1ères gousses, insérées à quelques cm du sol.

 

Des couverts avant soja ?

À terme, Loïc Prieur envisage d’implanter un mélange de couverts végétaux avant soja, alliant plantes d’été gélives (sorgho, tournesol, nyger…) et légumineuses (trèfle incarnat, vesce…). Le labour serait ainsi réalisé après la destruction du couvert voire remplacé par des passages d’outils à dents. “Tout en protégeant les sols l’hiver, l’introduction de couverts peut faire remonter le taux de matières organiques dont on peut craindre la diminution à long terme. Ce, en raison d’un retour très fréquent du soja, dont le bilan humique n’est pas favorable, explique Loïc Prieur. Nous espérons aussi que l’azote libéré par la minéralisation de la matière organique des couverts permettra de réduire les apports d’engrais azotés organiques au printemps sur le blé qui suit, dont nos essais montrent que le coefficient apparent d’utilisation est seulement de 25 à 30 % en moyenne sur 10 ans.”