En 2009, le Gnis a recensé 222 agriculteurs-multiplicateurs de semences de grandes cultures et fourragères pour un total de 2 459 hectares. Malgré la concurrence des semences de ferme, largement employées chez les bio, les surfaces multipliées et le nombre de contrats de production de semences se sont accrus d’environ 6 % par rapport à 2008.
Néanmoins, cette hausse apparaît trompeuse. En effet, si les surfaces de céréales ont progressé de 13 %, avec des augmentations notables pour l’orge, le triticale ou le sarrasin, la multiplication d’autres espèces, pourtant très utilisées en bio, est marginale voire inexistante. Ainsi, seuls 16 ha de maïs biologique ont été multipliés en 2009 contre 24 ha en 2008 et 64 ha en 2007. Plus aucune surface n’a été consacrée au tournesol alors que cet oléagineux est cultivé sur près de 10 000 ha en bio en France ! “Ce désengagement risque de se traduire par une augmentation sensible des importations pour de nombreuses espèces comme les graminées fourragères, le maïs ou les oléagineux, estime Jean-Daniel Arnaud du Gnis. Il faut rappeler que, sur certains marchés de semences, comme le maïs ou le tournesol, les semenciers sont habitués à produire à l’étranger”.
Une production hors frontière
Ainsi, le groupe Euralis, qui est notamment l’obtenteur du tournesol Alisson, l’une des seules variétés disponibles en bio, ne produit plus de semences bio en France. “Nos semences sont produites en Autriche pour le maïs, et en Hongrie ou Italie pour le tournesol. Mais cela ne concerne que des surfaces réduites car la demande de semences bio, encore faible, n’augmente pas”, rappelle Yves Leborgne, directeur de la communication. “Ce désengagement traduit aussi la déception de certains semenciers qui ont multiplié des variétés sans pouvoir les vendre car certains utilisateurs préfèrent les variétés non-traitées, regrette t-il. Par ailleurs, la multiplication est une activité très technique pour laquelle il n’est pas facile de trouver des producteurs compétents.” Reste qu’avec de la rigueur et un savoir-faire, cette production très spécialisée reste rémunératrice, comme le prouvent les témoignages des producteurs recueillis pour ce dossier.
Côté agriculteur-utilisateur, on regrette le manque de disponibilités en variétés à la précocité adaptée : “En Picardie nous avons besoin de maïs précoces voire très précoces qu’on ne trouve pas toujours sur le marché”, se plaint le céréalier François Mellon (lire p. 29). Ainsi, malgré l’inscription du maïs sur la liste “hors dérogation” en 2007, la base de données “semences biologiques” du Gnis continue d’enregistrer des demandes de dérogation pour cette céréale. “Les disponibilités étant gérées par département, elles peuvent fluctuer à tout moment selon celles des établissements ; d’ailleurs, environ 2 000 modifications sont enregistrées chaque année, reconnaît Jean-Daniel Arnaud. L’ajustement entre les besoins des utilisateurs et l’offre des semenciers doit donc encore être amélioré”.