Semences potagères : “Pouvoir mieux identifier les besoins”

Le 09/04/2010 à 14:21 par La Rédaction

Les semences potagères bio sont-elles actuellement suffisantes pour alimenter un marché en plein essor ?

Force est de constater qu’au regard de la hausse des demandes de dérogations enregistrées sur le site www. semencesbiologiques. org, la disponibilité en semences bio n’est pas suffisante, autant en volumes qu’en diversité. Pourtant, l’offre s’est beaucoup étoffée ces dernières années, certains semenciers ayant fait de gros efforts pour répondre à la demande, avec une gamme de plus en plus large. Mais la nature même de ce marché bio explique que les besoins peinent à être complètement satisfaits.

Pourquoi ce marché est-il si difficile à combler ?

Pour plusieurs raisons. D’abord, il n’y a pas un mais plusieurs marchés, selon que le maraîcher travaille en circuit court ou long, en privilégiant la diversité, les variétés anciennes, l’adaptation au climat ou au terroir, ou au contraire, une meilleure régularité en productivité ou une meilleure conservation avec des variétés modernes. Il reste que le marché est encore étroit, et que les semenciers peinent à coller à une demande si large, inédite en agriculture. Certains semenciers préfèrent aussi continuer à vendre leurs variétés en non traitées, plutôt que de les produire en bio. De plus, la rentabilité économique n’est pas complètement assurée, en raison de la gestion de petits lots, qui rendent plus difficiles les économies d’échelle.


Comment identifier les besoins pour orienter la mise sur le marché de variétés recherchées ?

Il faudrait affiner la connaissance des besoins des producteurs de plants, des légumiers et des maraîchers pour adapter la production de variétés. L’intérêt de la base de données est aussi d’analyser les évolutions des dérogations et d’identifier les variétés les plus recherchées. C’est un outil précieux à davantage exploiter. Reste que certains semenciers hésitent à prendre le risque en se lançant dans la multiplication de variétés en bio, en raison des difficultés techniques et du surcoût lié à un rendement plus faible ou plus irrégulier et ce, sachant que le débouché ne sera pas garanti. Actuellement, nous ne connaissons pas le taux réel d’utilisation des semences bio par rapport à celles en non traitées. Il semblerait que les maraîchers travaillant en circuits plus courts soient plus enclins à choisir des semences bio. Actuellement, en Suisse, 239 groupes variétaux sont “hors dérogation”, ils sont 79 aux Pays-Bas, et seulement une vingtaine est interdite aux dérogations en France. Les Suisses ont également mis en place un système incitatif, en facturant les demandes de dérogations en céréales. Ce, afin d’estomper la différence de prix entre bio et non traités, et cette somme est affectée aux projets de recherche. Autant de mesures qui peuvent faire évoluer le marché.

Le différentiel de prix, entre bio et non traité, influe donc sur le choix des producteurs ?

Cette différence est justifiée pour nombre d’espèces, surtout quand elles sont produites à petite échelle. La mécanisation du désherbage, lorsque cela est possible, réduit pourtant les coûts de production. Certaines cultures, comme la multiplication des variétés de melons ou de tomates par exemple, ne sont pas beaucoup plus ardues à mener en bio qu’en conventionnel. Pour certains hybrides, c’est différent. La multiplication des choux par exemple est délicate, tout dépend de la sensibilité des plantes mères aux maladies. En règle générale, la production de semences bio reste à risques, surtout celles des bisannuelles, comme l’oignon ou le poireau par exemple, qui réclament une gestion précise du désherbage. Pas question de se laisser déborder… Le mildiou pose également problème sur l’oignon, tout comme la gestion des insectes comme les bruches sur fèves ou les altistes sur radis. Il est à regretter que l’expérimentation en bio pour améliorer ces techniques soit au point mort ! Il existe trop peu de références technico-économiques sur ces productions. Cela n’encourage pas les multiplicateurs à se lancer et les surfaces françaises stagnent…

Qu’en est-il de la qualité sanitaire des semences bio par rapport aux non traitées ?

Des études ont montré que les semences bio ne posaient pas de problèmes sanitaires spécifiques, malgré quelques soucis de fontes de semis. En dépit du peu de recherches menées sur le sujet du traitement des semences bio, certains semenciers ont mis au point des techniques pointues de thermothérapie ou d’enrobage à base de produits autorisés en bio, qui peuvent servir également aux conventionnels. Quant au taux de germination des semences bio, il n’a pas à rougir : les pourcentages réglementaires s’obtiennent facilement, et souvent les semenciers garantissent un taux supérieur.

Où en est la sélection en bio ?

Vue la taille du marché, rares sont les obtenteurs qui se sont lancés dans une sélection spécifique et la sélection participative n’est pas suffisante. Pourtant le champ d’investigation est très large. Heureusement, d’autres pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Suisse ont réussi à créer des variétés adaptées à la bio. Reste à espérer que les initiatives en France se multiplient…

Propos recueillis par Christine Rivry-Fournier

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François Delmond, président de la Commission semences de l’Itab

Le bouche à oreille est très efficace”

Avec un choix de plus de 220 variétés potagères 100 % bio, François Delmond de Germinance, situé en Anjou, se qualifie d’artisan semencier. Alors qu’il réalise les deux tiers de ses ventes en volumes aux professionnels, il n’a introduit que quelques variétés de sa gamme sur la base de données du Gnis. “Nous ne voulions pas bloquer les maraîchers en cas de rupture de stock, nous parvenons à tout écouler par le biais de notre site et notre catalogue. Le bouche à oreille est très efficace. Nos clients sont surtout des producteurs en filières courtes à la recherche de variétés traditionnelles.” Expert à la Commission semences de l’Inao, François Delmond ne se dit pas qualifié en variétés modernes, qui concernent la majorité des dérogations demandées. “C’est un autre métier. Nous ne travaillons qu’avec des populations, en multipliant à partir de semences de base en bio depuis des générations. Parfois, les variétés évoluent par rapport à leur description, mais elles correspondent aux besoins de nos clients.” Pour François Delmond, qui siège également au CTPS (commission qui gère le catalogue officiel) et au Geves (qui évalue la maintenance), un vent plus clément souffle désormais sur la filière semences, poussé par un marché bio très diversifié et en attente de qualité. Avec une hausse annuelle de 20 % de son chiffre d’affaires en moyenne, Germinance ne connaît pas la crise. Les deux tiers des variétés proposées sont multipliées par une quarantaine de producteurs en France, le tiers restant provenant de Hollande, d’Allemagne ou de Suisse, produit en biodynamie et sélectionné pour ses supériorités nutritionnelles et gustatives. “Depuis l’encadrement des dérogations en 2004, il faut reconnaître que l’offre s’est élargie.”