La création variétale fruitière innove pour s’adapter à la bio. Au CRA-W de Gembloux, en Belgique, au conservatoire végétal d’Aquitaine, c’est dans les variétés anciennes que l’on puise pour assurer l’avenir.
“Le choix variétal, c’est un point absolument essentiel où il y a beaucoup à gagner, affirme Joël Fauriel, arboriculteur bio à Loriol, dans la Drôme et assistant ingénieur à l’Inra d’Avignon pendant 7 ans. Le constat est le suivant : certaines variétés ont traversé les siècles sans avoir besoin de traitements. L’idée, c’est de faire de la création variétale à partir de ces variétés-là, et d’obtenir une rusticité globale – pas seulement une résistance à une maladie.” Yves Guibert, arboriculteur à Saint-Léon en Lot-et-Garonne, renchérit : “Il y a un manque évident dans le choix variétal en pommes, pour la bio. Ce que je recherche, c’est d’abord du gustatif, une richesse aromatique – incontournable ! Ensuite, des variétés pas trop sensibles à l’alternance, avec des pédoncules pas trop courts, qui n’ont pas de risque de chute, pas trop d’attractivité pour le carpocapse…”
Toutes issues de Golden
“Le développement de la bio, de vergers moins dépendants des produits phytosanitaires, ne peut passer que par la création variétale, observe Jean-Marie Lespinasse, qui a travaillé sur le pommier à l’Inra pendant plus de 30 ans. Or, les variétés anciennes, qui auraient pu être intéressantes dans cette optique-là, ne s’en sortent pas en conditions de culture.”
À travers deux programmes Interreg (Biodimestica et Transbiofruit), l’équipe de Marc Lateur, responsable du laboratoire ressources génétiques fruitières au Centre wallon de recherche agronomique (CRA-W) de Gembloux, en Belgique, travaille sur la valorisation du patrimoine fruitier des régions Nord-Pas-de-Calais et Wallonie et le développement de l’arboriculture bio sur ces territoires. “Cette valorisation passe par deux types d’action : d’abord la diffusion des variétés anciennes dans le milieu professionnel, pour des circuits courts, parce qu’elles sont de grande qualité gustative et très rustiques en culture.” Mais le succès de l’opération reste mitigé : “Ces variétés s’adaptent souvent assez mal à la conduite en basse tige et au porte-greffe M9. Et les fruits ont tendance à chuter avant maturité, souvent à cause de pédoncules courts.” En culture, c’est un des facteurs rédhibitoires et certaines parcelles d’essai chez les producteurs ont dû être arrachées. “Nous avons prouvé en tous cas que l’usage de ces variétés tolérantes réduit de 85 % les intrants. Cela correspond bien à notre optique : des vergers plus autonomes.” On s’oriente désormais, pour ces variétés anciennes, plutôt vers des vergers moins intensifs sur porte-greffes semi-vigoureux, et même en haute tige et pâturés, dont les fruits seraient destinés principalement à la transformation en jus, en cidre.
Deuxième type d’action et “suite logique”, pour Marc Lateur, de ce travail : la création variétale. Objectif : conserver les qualités des variétés anciennes, leur tolérance aux maladies, leur frugalité, leur riche diversité de goûts, leurs tanins, leur longue conservation sur fruitier pour certaines, leur tendance à l’auto-éclaircissage pour d’autres… “C’est une démarche à long terme, bien sûr, insiste Marc Lateur. Mais il faut absolument conserver cette diversité : en pomme, Jonagold, Elstar, Gala et bien d’autres, sont toutes issues de Golden. Il est indispensable d’élargir la base génétique du pommier.” (...)