Arboriculteurs, centres d’expérimentation, organismes professionnels… les acteurs de la filière arbo bio innovent sur plusieurs fronts, dans l’optique de vergers plus “durables”, autonomes, rustiques et productifs.
Ne pas refaire les mêmes erreurs qu’en conventionnel : ce refrain, repris par de nombreux arboriculteurs bio, sonne comme une mise en garde, à l’heure où de nouveaux volumes arrivent sur le marché, où les surfaces en conversion ne cessent de croître, où l’arboriculture s’intensifie… suscitant de nombreuses inquiétudes dans la profession. Mais sur ce chapitre, rien n’est gagné : “Les variétés les plus cultivées aujourd’hui en bio sont les mêmes qu’en conventionnel, assure Jérémie Fitoussi, animateur politiques agricoles, formations et projet Interreg TransBioFruit au Gabnor ; le type de conduite adopté dans les vergers bio reste très classique : des arbres basse tige en axe, plantés à hautes densités. Tout cela montre aujourd’hui ses limites : on est “coincé” si on veut garder l’esprit bio. C’est pour cela qu’on s’oriente désormais vers d’autres méthodes de production : des vergers plus durables.”
Dans l’optique de vergers plus rustiques, plus autonomes, et en considérant bien qu’il s’agit là “d’un gros chantier”, qui donnera ses fruits à long terme, plusieurs leviers existent :
-choix variétal élargi grâce à une création variétale ad hoc,
-conduite des arbres bousculée, réinventée,
-mise en marché mieux organisée, pensée au niveau filière, rémunératrice pour les producteurs.
Ces différents éléments (liste non exhaustive !) ne peuvent être pensés chacun individuellement, mais tous ensemble de manière globale. Variété – conduite – mode de commercialisation – territoire : tout va ensemble, tout est imbriqué… Claude Tronel, responsable technique du CEHM, la station expérimentale fruits et légumes en Languedoc-Roussillon, résume bien cette évolution : “Dans les années 1980, on était centré sur l’arbre, le porte-greffe ; puis on s’est intéressé au verger ; plus tard encore, au verger dans son environnement, avec l’introduction de haies, de brise-vent, de bandes florales ; aujourd’hui, on pense le verger dans son territoire… C’est une logique qui intègre des ensembles de plus en plus grands !”
Choix variétal limité
Ainsi, si les inquiétudes restent fortes sur le plan technique, elles sont toujours très nettement corrélées à la problématique de la mise en marché. C’est le cas de la question cruciale du choix variétal lorsqu’on implante un verger ou lors de la conversion d’un verger. Faut-il choisir une résistante tavelure (RT), une variété peu sensible au puceron cendré, ou bien une variété ancienne tolérante et rustique… mais alors comment la vendre, si elle est peu connue des consommateurs, peu demandée par les metteurs en marché ? (...)
Myriam Goulette
Pour télécharger le calendrier de bonnes pratiques de mise en marché pour pommes et poires, proposé par la Fnab, rendez-vous sur www.fnab.org à la rubrique "Nos actions", sous-rubrique "Filières de commercialisation", articles "Repères pour organiser la mise en marché des fruits à pépins bio".