Marqué par “Ecophyto 2018” et l’attente d’homologations, le rendez vous de l’AFPP et de la Fredon, du 8 au 10 mars à Lille, a fait le point sur les méthodes alternatives. Si l’agriculture classique leur porte un intérêt croissant, la bio a besoin aussi d’avancées, sur les auxiliaires, les stimulateurs de défense naturelle et la lutte physique.
Dans le droit fil du plan Ecophyto mis en place par le Maaprat (1) à la suite du Grenelle de l’environnement (- 50 % de produits phytosanitaires à l’horizon 2018), l’actualité est plus que jamais à l’expertise de la pertinence des méthodes alternatives en terme de production, de santé publique et d’environnement. Certes, l’Association Française de Protection des Plantes (AFPP) et la Fredon Nord Pas-de-Calais (la Station d’Études sur les Luttes Biologique, Intégrée et Raisonnée) n’ont pas attendu ces évolutions pour se pencher sur le sujet. Preuve en est l’organisation, tous les quatre ans, d’une conférence internationale sur les méthodes alternatives. Si les bio y ont leur place, elle reste néanmoins discrète. Mais la connaissance et la diffusion de ces méthodes peuvent être une voie vers de nouvelles conversions.
Gérer les équilibres biologiques
Au niveau des produits alternatifs d’origine naturelle, de vraies références existent, même si leur généralisation passe par l’homologation. L’expérimentation nécessite néanmoins la mise en oeuvre de dispositifs plus sophistiqués que pour les produits conventionnels du fait de la combinaison de méthodes. C’est l’une des missions de la “Commission des Essais Biologiques” (CEB) de l’AFPP spécialisée dans la production de méthodes expérimentales qui tendent vers une “protection biologique intégrée”. Son principe s’appuie sur la mise en oeuvre de produits de biocontrôle pour gérer les équilibres des populations d’agresseurs en privilégiant les mécanismes et interactions naturels plutôt que de chercher leur éradication. Les quatre familles qualifi ées comme méthodes alternatives ont été présentées : les macro-organismes (insectes, acariens, nématodes…) ; les microorganismes (champignons, bactéries, virus…) ; les attractifs naturels (phéromones…) ; et les extraits naturels (végétaux, animaux, minéraux). Elles trouvent leur place dans ce contexte de réduction des intrants conventionnels. Ainsi, les acteurs de la recherche et de l’expérimentation français s’organisent, en lien avec les fi lières professionnelles et certaines sociétés agrochimistes. Des premiers projets se concrétisent, tel Défi -Stim, projet s’appuyant sur les outils d’aide à la décision (OAD), Elicitra, le réseau national mixte public- privé technologique dédié aux stimulateurs de défenses naturelles (SDN) ou encore Indres, le réseau des laboratoires de recherche publique travaillant sur la résistance induite,… Et avec eux, les premiers résultats scientifiques.
Tests d’efficacité des SDN
Si les SDN séduisent, leur efficacité semble souvent aléatoire en expérimentation de terrain. Le principal enjeu est d’identifi er les facteurs infl uençant leur niveau d’effi cacité : réceptivité de la plante (génétique, âge, organe cible, interactions potentielles, stress abiotiques/ biotiques…), bioagresseurs cibles (genres, espèces, pathovars et isolats, pressions parasitaires…), mode d’action des substances élicitrices (préventive, systémie du signal, cinétique d’induction, variabilité des réponses de défenses, variabilité et concentrations des métabolites secondaires accumulés…). “Leur mode d’action biochimique, par comparaison aux pesticides conventionnels de synthèse, met la plante au coeur du processus d’effi cacité des produits, mais nécessite un changement des pratiques”, souligne Emmanuel Pajot d’Agrauxine. La sensibilité d’une variété donnée et le stade physiologique des plantes traitées jouent un rôle important. Une variabilité de réponse à l’élicitation entre les organes et tissus de la plante a même été mise en évidence. D’où l’importance de cibler le stade physiologique réceptif. Les SDN sont plutôt perçus comme une opportunité d’enrichir les outils disponibles en combinaison avec les autres méthodes. Ainsi, Arvalis-Institut du végétal réalise des essais au champ visant à évaluer l’efficacité de produits alternatifs valorisant les SDN (phosphites, microorganismes, minéraux, extraits végétaux et animaux). Certains montrent des résultats intéressants en association avec une dose réduite de fongicides.
Les outils d’aide à la décision
Le choix variétal, la lutte physique et les Outils d’aide à la décision (OAD) concernent directement l’agriculture biologique. Outre la sélection variétale considérée comme une piste prioritaire, une attention particulière est portée aux OAD, outils prévisionnels par excellence. L’outil Mileos, né de la fusion de Mildi-Lis et MilPV, associe la résistance variétale et la prise en compte du risque de développement de la maladie. Basé sur le modèle épidémiologique Milsol, il permet de gérer les parcelles en disposant d’une actualisation du risque selon les données météo, d’observations sur l’état sanitaire autour de la parcelle ou de pratiques. Près de 100 communications ont été exposées en trois jours devant plus de 450 participants, un record. Si certaines méthodes sont déjà largement utilisées, d’autres restent expérimentales. Leur intégration progressive dans la pratique nécessitera tôt ou tard un véritable accompagnement du producteur, voire une formation pour les applications les plus techniques. Le défi n’est pas mince, rendez- vous est fi xé à Lille dans quatre ans.
Pierre Mitev
(1) Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire.
Trois questions à Sandrine Oste, directrice-adjointe de la Fredon Nord-Pas-de-Calais
Biologique ou non, la protection intégrée induit un fort questionnement sur les produits associés…
On le voit bien, il n’y a pas de solution unique, mais une combinaison de méthodes intégrant – en dernier lieu – le recours aux intrants dans lesquels j’inscris aussi les stimulateurs de défenses naturelles (SDN), les micro-organismes et les macro-organismes. D’où, effectivement, la nécessité de bien en définir la nature et les effets.
Parmi les techniques dont l’intérêt est évident en bio, avez-vous relevé des thématiques ou préconisations particulières ?
Je retiens en particulier la prophylaxie, les notions de réduction de l’inoculum et de gestion des déchets de récolte qui peuvent avoir une incidence sur les saisons suivantes en particulier pour les cultures pérennes. De même que les atouts de la rotation, la biofumigation et des biotechniques telles que l’utilisation de phéromones et la confusion sexuelle, ou encore de nombreuses expérimentations basées sur la biodiversité, comme le recours aux auxiliaires et à l’aménagement de bandes fleuries de proximité.
Le choix variétal a souvent été évoqué…
C’est, en effet, un des leviers qui permet de favoriser la réduction d’intrants à une échelle large. Toute la difficulté réside dans l’effort de communication à entreprendre pour que les références en matière de choix variétal profitent au plus grand nombre. De même, les modèles de prévision des risques (logiciels d’Outils d’aide à la décision, OAD) doivent être diffusés car ils présentent l’intérêt de concerner tous les types de production y compris bio dans une approche préventive permettant de cibler les périodes sensibles pour les cultures.
Article paru dans Biofil n°76