Diversifier ses fruitiers : les atouts de la grenade

Le 28/10/2022 à 13:15 par La rédaction

Portée par son image santé, la grenade s'est démocratisée. Planter des grenadiers peut être une diversification intéressante pour les arboriculteurs et viticulteurs bio, à condition de trouver des débouchés. Le point sur l'itinéraire technique de la culture, témoignage à l'appui.

 

« Je veux mettre en garde sur ces espèces pour lesquelles il y a un emballement », prévient d'emblée Xavier Crété, lors du Rendez-vous Tech&Bio arboriculture, le 22 juin à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne. Le responsable du programme Innovation chez Sudexpé présente la culture de la grenade, prisée en frais et pour son jus. « Quand on envisage une diversification, il faut d'abord penser au marché, rappelle-t-il. La deuxième entrée, c'est la main-d'œuvre : est-ce que la culture va résoudre des soucis, ou en créer ? Ensuite, est-ce que mes conditions pédoclimatiques sont intéressantes ? Et enfin, y a-t-il des personnes autour pour m'accompagner techniquement ? ». Avec la grenade, Xavier Crété veut éviter de faire rêver, même si la culture est intéressante. En France, les surfaces sont difficiles à estimer, évaluées autour de 1 000 hectares, quasiment toutes en bio. « Sur les jus, en circuit court, le prix a baissé : de 8,50 euros/L, on est passé à 6-6,50 euros/L, indique-t-il. Le seuil de rentabilité est très variable d'une exploitation à l'autre, on se rapproche de 5 euros/L. » Pour lui, « le mieux, c'est le circuit très court, un segment où il y a de la place ».

Attention au gel

Thomas et Christine Saleilles ont planté des grenadiers en 2010. Aujourd'hui, ils sont aussi pépiniéristes. (© La Grenattitude)

Côté conditions pédoclimatiques, le grenadier est très souple. « Il y a deux choses qu'il n'aime pas : les sols très asphyxiants, trop lourds, et le gel de printemps », explique l'expert de Sudexpé. À Bagnols-sur-Cèze dans le Gard, Thomas et Christine Saleilles de la SARL La Grenattitude se sont lancés dans ce fruit en 2010. Viticulteurs bio, ils cherchaient une culture de diversification. D'un hectare, le verger de grenadiers en compte 14 ha aujourd'hui, en plus d'une vingtaine d'hectares de vigne. « On a monté un outil de transformation en jus car le marché était porteur », relate Thomas Saleilles. En pratique, la grosse peau (enveloppe extérieure) est séparée avec une machine adaptée à partir d'un matériel viticole, pour ne presser que les arilles (graines). Ensuite, les fruits sont pressés dans des pressoirs viticoles : « On les utilise de façon assez douce pour ne pas apporter d'astringence », explique le producteur, faisant le parallèle avec le vin. La pasteurisation et la mise en bouteille sont sous-traitées. La production, fruits et jus, est vendue via la coopérative Uni-Vert (pour 80 %) et à la ferme.

Des variétés spécifiques pour le jus ou de bouche

Côté plantation, différentes variétés existent, plus ou moins précoces. « Acco par exemple est une variété très précoce, mais cela n'a aucun intérêt si vous faites des jus. Mieux vaut grouper la récolte », illustre Xavier Crété, qui juge Wonderfull comme « la variété de référence ». L'expert regrette une offre actuelle encore pauvre pour s'approvisionner en plants. De fait, « au début, j'avais du mal à en trouver, explique Thomas Saleilles. J'ai fini par les produire moi-même », et devenir aussi pépiniériste. Aujourd'hui, il vend 50 000 plants en racine nue par an, et la même quantité en pot, d'un an ou deux. Ses plants sont certifiés bio, et il a actuellement 70 variétés en test pour étudier leur comportement en France. Ses vergers sont d'ailleurs ouverts aux producteurs intéressés. Les parcelles sont plantées pour le jus avec Provence et Wonderfull, et Acco, Fleishman, Seedless et Hermione pour la grenade de bouche. « On a aussi Vkushni, une nouvelle variété de bouche venue du Tadjikistan, ajoute Thomas Saleilles. Les variétés à jus sont plus productives, mais les grains sont plus durs. »

Outils viticoles pour le sol

Le producteur a choisi initialement de planter ses grenadiers espacés de 3 m sur le rang, et 4 m en inter-rang. Depuis, il a rapproché les arbres à 2,5 m sur le rang. « Densifier améliore la production à l'hectare », explique Thomas Saleilles, qui, sur ses sols « assez riches », tirent 20 t/ha, un rendement variable selon les années. Son verger est entré en production au bout de trois ans, avec 4 à 5 t/ha, puis le rendement a augmenté. La taille est limitée : les plants ont été laissés libres pendant cinq ans, puis nettoyés, avec retrait des branches au cœur de l'arbre et par terre. « C'est ma façon de faire, mais je trouve qu'ainsi les arbres résistent mieux au vent et au gel, et qu'ils produisent plus vite, observe l'agrobiologiste. Et le verger est piéton, c'est pratique ». Le sol est travaillé en totalité avec des outils viticoles : Actisol pour l'inter-rang, et interceps sous le rang, avec des lames plus longues (60 cm). Aucun traitement phytosanitaire n'est réalisé. De façon plus générale, « la grenade est sensible à la zeuzère et la pyrale des caroubes et des dattes, problématique au Maghreb et qu'on commence à trouver ici », explique Xavier Crété. Côté maladies, la grenade est sensible aussi à l'alternaria, au phytophtora et au botrytis.

Éviter le stress hydrique

Si la plante est rustique, les fruits peuvent éclater, quand, après avoir été soumis à un stress hydrique, les pluies d'automne viennent les gonfler. « Pour lutter contre ce phénomène, il faut éviter le stress hydrique », préconise Xavier Crété. Et donc, si besoin, irriguer. La récolte débute fin septembre pour les variétés les plus précoces. « Il faut prévoir des gants et des lunettes car les arbres ont des épines », conseille Thomas Saleilles. Pour décider de la date, le producteur regarde la couleur, déguste, et mesure le taux de Brix, qui doit être à 14°B. Pour les coproduits de la transformation en jus, le producteur travaille avec une entreprise cosmétique, pour faire des crèmes antioxydantes. « C'est un axe qu'on est en train de développer », explique l'intéressé. En 2021, il a réalisé des tests pour faire de l'huile de pépins de grenade. La première cuvée sortira en 2022. Rien ne se perdant, le reste des coproduits est utilisé pour fertiliser les vergers, après un an de compostage.

 

Marion Coisne