Lutter contre Drosophila suzukii : Bâches au sol et mâles stériles

Le 04/04/2025 à 9:03 par La rédaction

Des essais présentés par le CTIFL ont montré l’intérêt de bâches au sol pour lutter contre le ravageur. En parallèle, les travaux sur des lâchers de parasitoïdes et de mâles stériles progressent.

Drosophila suzukii reste la bête noire des producteurs de petits fruits. Les moyens de lutte actuels se concentrent sur la prophylaxie, qui a ses limites, et sur les filets, avec leurs inconvénients, dont le coût. Outre les essais menés sur fraise dans le cadre du projet Alterspino (lire Biofil 154 – juillet-août 2024, p. 35), Nicolas Formez évoque, lors du colloque Petits fruits, un nouveau projet : Stratos (2024-2027). L’objectif est de travailler sur des méthodes alternatives, seules et en combinaison. L’ingénieur du CTIFL présente les essais menés en 2024 à La Morinière, sur myrtilles, pour évaluer l’intérêt de filets et de bâches au sol, au pied des plants. L’idée est partie de travaux de l’université du Wisconsin, aux États-Unis, qui a mis en évidence des résultats avec les bâches : le nombre de larves a diminué de 40 à 71 %, selon la couleur de la bâche – noire, blanche, métallique –, la température dans la canopée a enregistré une légère augmentation – acceptable, de 0,17 °C à 0,36 °C –, avec un meilleur rendement commercialisable par rapport au témoin, et le poids du fruit moyen s’est élevé pour certaines couleurs.

« L’entrée en production est plus rapide avec les bâches », explique Nicolas Formez. À La Morinière, des films noirs et métalliques ont été essayés. L’année étant à très faible pression, il n’y a pas eu de différence significative au regard des dégâts de suzukii. Mais à la récolte, pour le film métallique, le nombre de fruits non commercialisables a été moindre, et le taux de sucre plus élevé. Les essais vont se poursuivre.

Lâchers de Ganaspis

En parallèle, d’autres espoirs se fondent sur la lutte biologique. Côté parasitoïdes, l’élue est la micro-guêpe Ganaspis kimorum. Des lâchers sont autorisés depuis 2022. « Le but est de maintenir les populations sous un seuil de nuisibilité », précise Nicolas Formez. Les suivis continuent, plutôt orientés sur les cerises mais aussi les petits fruits, avec de nouveaux lâchers prévus en 2025. Ensuite, il faudra pouvoir élever le parasitoïde à grande échelle. La technique de l’insecte stérile (TIS) est de plus étudiée, avec le projet SuzuKIISS:ME.

L’objectif est de faire baisser les populations en lâchant des mâles rendus stériles par irradiation, qui vont se reproduire avec les femelles à la place des mâles fertiles. Des tests ont été réalisés sur fraisiers, dans de petits tunnels fermés et en tunnels ouverts. Le rétroplanning prévoit notamment en 2025 d’augmenter la capacité d’élevage, d’optimiser le processus d’irradiation, et de faire des premiers essais sur cerisiers sous filet, avant de tester sans filet en 2026. Cela, pour arriver en 2028 à proposer un programme intégré de gestion du ravageur sur cerises avec la TIS comme élément central. En attendant, « les filets monorangs et monoparcelles sont ce qui fonctionne le mieux actuellement contre Drosophila suzukii », reconnaît Nicolas Formez, à condition de bien respecter l’étanchéité.

Marion Coisne