Semences potagères bio : succès des deux journées techniques de l’Itab en Anjou

Le 13/12/2024 à 14:53 par Christine Rivry-Fournier

Organisées par l’Itab, avec la Fnams et l’Institut Agro Rennes-Angers les 10 et 11 décembre, ces deux journées ont réuni une centaine d’acteurs de la filière semences potagères bio (producteurs-multiplicateurs, maraîchers, conseillers, experts, chercheurs, maisons semencières).

Le secteur, très dynamique ces dernières années, progresse sur tous les plans, pour s’adapter aux besoins spécifiques, multiples et exigeants de la filière légumière bio : sélection, création variétale, multiplication, réglementation. Et répondre aux nombreux défis, notamment pédoclimatiques. « D’où la nécessité d’une diversité génétique capable de valoriser les éléments fertilisants disponibles, assurer une résistance et tolérance durable aux bioagresseurs, garantir la stabilité des rendements, préserver les qualités nutritives, sensorielles et de conservation », rappelle Stéphanie Klaedtke, chargée de mission Santé des semences et Biodiversité cultivée au Pôle végétal de l’Itab.

Ambrogio Costanzo, coordinateur du pôle Végétal et Biodiversité cultivée de l’Itab, et Stéphanie Klaedtke, chargée de mission Santé des semences et Biodiversité cultivée. (© C.R-F)

Des révolutions en semences bio

La réglementation évolue, et on assiste, comme s’en félicite Pierre Dorand, producteur-semencier de La ferme de l’Aubépin en Maine-et-Loire, à « une vraie révolution, basée sur un assouplissement » , avec l’introduction officielle dans le règlement européen bio entré en vigueur en 2022, de la notion de variété bio, issue de la sélection bio. « Elle fait écho aux besoins de résilience et de productions locales, et on travaille sur des règles de sélection bio pour les proposer à la Commission européenne, souligne Frédéric Rey, coordinateur du programme R&D de l’Itab. L’autre révolution est l’apparition du matériel hétérogène biologique, qui ne débouche pas sur une inscription classique, mais une notification. »

Toutes ces nouvelles règles présentent une opportunité pour l’agriculture bio. « L’objectif est de s’affranchir progressivement de l’utilisation dérogatoire de semences conventionnelles non traitées d’ici 2037, date où toutes les semences devront être bio, détaille Frédérique Rey. Pour l’instant, les variétés sont obtenues et sélectionnées en conditions classiques, et multipliées en bio. »

À la ferme de l’Aubépin, Pierre Dorand, multiplicateur et sélectionneur bio, décrit son métier alliant passion et patience. (©Itab)

Une filière dynamique mais en difficultés

Aujourd’hui, l’enjeu est de mettre à disposition une offre de semences bio de qualité, la plus adaptée possible à la demande de la filière de légumes bio, selon les circuits de distribution. Le choix de variétés populations et hybrides, multipliées en bio, augmente, en lien avec la gestion du système dérogatoire, lui aussi en évolution. « Compte tenu de la complexité de la production bio, de la diversité et de la forte segmentation du marché des potagères, la majorité des espèces ont encore un statut autorisant les dérogations », explique Pauline Girolami, de Semae, l’interprofession des semences et plants.

Après une forte progression, depuis 2022, le dynamisme de la filière semences potagères bio s’est ralenti, malgré un réseau de producteurs-multiplicateurs performants, et des surfaces encore en hausse en 2024, selon Semae, en oignons, betteraves potagères et carottes. « Mais les conditions météo catastrophiques de 2024 en plein champ, et surtout la demande en recul de la part des maraîchers, et aussi des jardiniers amateurs, notamment en populations, mettent la filière multiplication en difficultés car les semenciers réduisent leurs contrats, ou désengagent », pointe Lucien Laizé, producteur-multiplicateur angevin, représentant la Fnams au comité d’experts de la section semences potagères fines du Cnab.

Pour Pierre Dorand, « le contexte nous oblige à serrer les coûts, et diversifier les circuits de vente, en nous orientant vers la vente directe de semences, via notre site internet ». Le savoir-faire acquis depuis des années en multiplication et sélection bio reste une forte plus-value.

 

 

(AMS : agriculteurs multiplicateurs de semences)

 

 

En savoir plus : itab.bio

 

Christine Rivry