La production de plants bio de vigne est actuellement impossible. Pour Alain Réaut, président de la Fédération nationale interprofessionnelle des vins de l’agriculture biologique (Fnivab), un travail de fond sur le matériel végétal est indispensable pour résoudre les problèmes de mortalité dans les jeunes vignes.
Une commission “Plants bio” à la Fnivab s’est mise en place en 2009. Pourquoi ?
J’avais effectué un petit “tour de France” des régions viticoles, chez les viticulteurs bio, et il me revenait toujours le même problème : le taux de mortalité des vignes, dû à des facteurs repérés, comme les maladies du bois, mais pas seulement… Certaines causes exactes restent à identifier. Près de chez moi, dans le Sancerrois, ou en Bourgogne, certains plants meurent au bout de la 6e année : c’est vraiment en tout début de production, et ça interpelle ! Nous avons ainsi remarqué que les vignes de plus de 50 ans ne sont pas concernées ; ce sont les jeunes vignes, celles qui ont moins de 30 ans, qui sont touchées, autant en bio qu’en conventionnel.
La plantation de ces jeunes vignes correspond à une révolution dans les pratiques agricoles, avec l’utilisation de nouveaux produits, de nouvelles pratiques, plus intensives. Mais d’autres aspects doivent être pris en compte, comme le matériel végétal. D’autant plus que la demande en plants bio, de la part des viticulteurs, augmente, car il faut remplacer les manquants. Résultat, nous nous sommes dit qu’il était désormais impératif de travailler sur les plants, leur origine, les pratiques des pépiniéristes. Et la commission “Plants bio” de la Fnivab est née à l’été 2009.
Quelles sont les actions de cette commission ?
Avec les quelques pépiniéristes qui la composent, avec Éric Petiot qui travaille sur les soins aux plantes par les plantes, Christian Marcel qui étudie la cristallisation sensible, des viticulteurs, etc., nous nous sommes dit qu’il était nécessaire d’élaborer un cahier des charges pour la production de plants bio. Fin 2010, ce cahier des charges était prêt.
Entre-temps, d’autres pépiniéristes et viticulteurs ont été au courant de notre action. J’ai notamment été interpellé par la Fédération française des pépiniéristes viticoles (FFPV) qui s’est montrée intéressée. Elle souhaite faire disparaître la distorsion de concurrence existant avec des pays comme l’Allemagne et l’Italie, qui, eux, ont la possibilité réglementaire de produire des plants de vigne bio… et à qui des viticulteurs français achètent des plants. À l’été 2010, lors de leur assemblée générale, j’ai donc présenté le cahier des charges que nous avions préparé.
Celui-ci ne se limite pas à dire qu’il faut trouver un produit de substitution aux traitements obligatoires contre la cicadelle de la flavescence dorée. Il aborde la conversion des terres, l’interdiction des désinfectants. Pour lutter contre les maladies du bois, nous nous tournons vers la biodiversité, l’origine de la vigne, la sélection massale pour améliorer les défenses naturelles… Pour résoudre ces maladies, les pépiniéristes, eux, misent sur les modifications génétiques et les thérapies géniques. Ce n’est pas la même option. Au final, tous ne sont pas prêts à nous suivre.
Actuellement, le blocage en France tient aux traitements obligatoires contre la cicadelle de la flavescence dorée. Aucun produit n’est homologué sur vigne mère de greffons et de porte-greffe ainsi que sur pépinière, en bio.
Effectivement, c’est la première barrière réglementaire qu’il nous faut lever pour pouvoir produire du plant bio de vigne.
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Propos recueillis par Myriam Goulette
Retrouvez l'intégralité de cet entretien en lisant Biofil n°80, daté mars-avril 2012.