En bio, la rotation est considérée unanimement comme le meilleur moyen de lutte contre les adventices. Une nouvelle approche, formulée par un chercheur américain, considère que la rotation doit être la plus instable possible, de façon à créer un terrain défavorable aux adventices.
Dans l’approche traditionnelle, la “bonne” rotation est celle qui alterne cultures de printemps et d’été, dicotylédones et graminées, céréales, crucifères, légumineuses et plantes sarclées dans un équilibre précaire. En effet, la rotation doit aussi composer avec des facteurs économiques, et sa réussite est toujours aléatoire : tous les praticiens savent qu’il y a des années à mauvaises herbes et d’autres où leur pression ne se fait pas sentir…
Une approche plus récente, formulée par Dwayne Beck, chercheur américain et responsable d’une ferme expérimentale dans le Dakota du Sud, intègre les notions de séquence culturale (la succession de deux cultures, par exemple maïs-blé) et d’intervalle entre deux cultures.
Rotations à 4 séquences
D’après le chercheur, il faut mettre en place dans la rotation le maximum de séquences culturales en essayant d’allonger l’intervalle entre deux cultures : par exemple, dans la rotation maïs-blé, il y a seulement deux séquences culturales : maïs-blé et blé-maïs et l’intervalle entre deux mêmes cultures est toujours de deux ans. Autant de conditions qui vont faciliter le maintien et l’augmentation des populations d’adventices (et aussi de ravageurs).
Cette rotation peut être modifiée avantageusement en maïs-maïs-blé-blé ou mieux encore maïs-maïs-blé-orge, rotations qui comportent quatre séquences. Pour Dwayne Beck, les rotations “deux-deux”, c’est-à-dire faisant suivre deux cultures de printemps et deux cultures d’hiver sont efficaces contre les adventices d’autant plus que ces cultures appartiennent à deux familles différentes (monocotylédones, dicotylédones). C’est le cas par exemple dans les rotations maïs-tournesol-blé d’hiver-triticale ou maïs-sarrasin-féverole d’hiver-blé d’hiver. Selon Dwayne Beck, il ne faut pas non plus hésiter à changer la place d’une culture dans la rotation. Ainsi, la rotation pois-blé-colza-blé qui pose notamment le problème de l’implantation d’un colza derrière une paille, gagne à être remplacée par pois-colza-blé-blé ou orge. Le colza s’implante plus facilement derrière un pois grâce notamment aux restitutions azotées du pois et est aussi moins sensible aux limaces. Selon l’ingénieur agronome Mathieu Archambeaud, “les blés implantés dans cette succession sont très beaux car ils bénéficient de deux bons précédents”.
Alterner cultures d’hiver et de printemps
La transposition à la bio de cette notion de séquence culturale est possible si l’on intègre aussi l’alternance culture d’hiver et de printemps, estime Mathieu Archambaud. On pourrait alors construire des rotations efficaces contre les adventices.
Ainsi, si la rotation céréalière maïs-féverole-blé-orge est a priori adaptée d’un point de vue agronomique (la féverole convient bien après un maïs souvent récolté tard, le blé est placé idéalement derrière une légumineuse et l’orge en deuxième paille), elle peut se révéler salissante à moyen et long terme (3 cultures d’hiver successives et quatre séquences).
On pourrait la modifier dans l’esprit de Dwayne Beck en alternant (si les conditions de ressuyage du sol le permettent) cultures d’hiver et de printemps. En effet, dans la mesure où trois des quatre espèces de la rotation (féverole, blé et orge) peuvent être semées tant en hiver qu’au printemps, on pourrait bâtir 5 nouvelles séquences culturales, soit 9 au total. Exemple : maïs-féverole de printemps (FP)-blé printemps (BP)-orge hiver (OH) ou maïs-féverole d’hiver (FH)-BP-orge de printemps (OP). On pourrait donc en théorie faire se succéder sur 12 ans, 3 rotations toutes différentes afin de ne jamais sélectionner les mêmes adventices. Exemple : maïs-FH-BH-OH-maïs-FP-BP-OH-maïs-FH-BH-OP. Hormis le maïs, l’intervalle entre cultures passe de 4 ans au départ à 8, voire 12 ans. Dans la pratique, des rotations aussi diverses sont peu fréquentes, soit en raison de la difficulté de gérer d’importantes pointes de travail concentrées en automne ou au printemps, soit car certaines cultures de printemps comme le blé ou la féverole sont écartées en raison de potentiels a priori moindres. Mais, comme l’affirme Joseph Pousset, agriculteur bio dans l’Orne et conseiller indépendant : “il faut parfois accepter la présence d’une culture moins rentable dans la rotation si elle va permettre de lutter efficacement contre les adventices”.
Jean-Martial Poupeau
Achetez le Biofil N°64, Mai-juin 2009