400e ferme de Terre de Liens : une transmission réussie !

Le 04/04/2025 à 9:13 par La rédaction

Une nouvelle installation-transmission d’une ferme bio vient de se concrétiser en Normandie dans le Calvados grâce à Terre de Liens.

C’est la 400e ferme acquise et mis en location par cet organisme depuis son engagement il y a vingt ans en faveur du soutien au renouvellement des générations paysannes via une agriculture respectueuse de la nature et durable. Pour Aurore Jeanson, 48 ans, qui en bénéficie pour la reprise de la Ferme du Lavoir à Formigny, « sans Terre de Liens, je n’aurais pas pu réaliser mon rêve de m’installer agricultrice, n’étant pas issue du milieu agricole ». Après quinze ans de salariat sur une exploitation conventionnelle de céréales et de pommes, cette ingénieure agronome a envie de se lancer.

Très sécurisant

Ses recherches sur le site objectif-terres.org, -petites annonces de foncier agricole- la met en contact avec Guillaume Capelle, installé en bio, et en quête d’un repreneur. « Le prix du foncier est un vrai obstacle pour la transmission. Dans ce contexte, le rôle et les valeurs de Terre de Liens sont très précieux pour perpétuer ce métier », insiste Aurore Jeanson. Sans cet obstacle, elle a pu se porter candidate pour reprendre l’activité de la Ferme du Lavoir : le verger bio de 20 hectares, riche de 18 variétés différentes, son outil de transformation cidricole, sa brasserie, son magasin de vente en direct. « Terre de Liens a acquis les terres, et me les loue avec un bail reconduit tacitement tous les neuf ans, ce qui est très sécurisant. Je n’ai pas d’épée de Damoclès d’un fermage classique. De mon côté, j’ai acheté les arbres fruitiers, les matériels de production et de transformation pour les jus, le cidre, l’alcool, la bière, et les installations, et c’est déjà un gros investissement. »

Très bien accompagnée

Grâce à l’accompagnement du cédant, Guillaume Capelle, lui-même engagé dans un nouveau projet, le nouvelle productrice apprend les techniques bio, soutenue également par la chambre d’agriculture et les services techniques de la coopérative Agrial, qui collecte une partie de ses fruits. Pour la transformation cidricole, elle a suivi une formation spécifique au lycée agricole Le Robillard à Saint-Pierre-en-Auge. « Je suis très bien accompagnée, et c’est génial car la qualité de la gamme bénéficie d’une continuité », se réjouit-elle. Pour conduire sa ferme, elle est épaulée par 2 salariés (1,5 équivalent temps plein), et des saisonniers.

Acquérir un outil complet, de la production à la vente, en passant par la transformation implique un investissement lourd, allégé et sécurisé par Terre de Liens. ©Ferme du Lavoir - Normandie

Travailler en synergie

Aurore Jeanson apprécie également la force et le dynamisme du réseau Terre de Liens. « Nous travaillons en synergie avec les fermes voisines pour nous compléter mutuellement. Mes vergers bénéficient par exemple de la présence des volailles d’un élevage bio qui n’aurait pas eu assez de surfaces de plein-air pour se développer. » 60 % de la production de la Ferme du Lavoir est vendue en direct. « Cette démarche, tournée vers la qualité, le respect de la nature, et le lien humain donne un sens à mon métier d’agricultrice, dont le but est aussi de transmettre mon outil de travail et la terre en bon état aux nouvelles générations », résume la nouvelle agricultrice.

Lever les freins du foncier

Comme 60 % des agriculteurs de demain, Aurore Jeanson est ce qu’on appelle une Nima - non-issue du milieu agricole-. « Cette ferme représente l’action originelle de Terre de Liens, c’est à dire favoriser une installation qui aurait été impossible sans libérer le verrou de l’accès à la terre », complète Loïc Plancq, chargé de mission de l’association Terre de Liens Normandie. Selon une étude de la Safer de 2024, le prix moyen des terres agricoles en France s’élève à 6 200 € par hectare, avec de fortes disparités selon les régions. Pour une ferme moyenne de 35 hectares, cela représente un investissement initial d’environ 200 000 €, sans compter les équipements et infrastructures nécessaires à l’exploitation. Ce coût constitue le frein majeur pour de nombreux aspirants agriculteurs·trices. « Chaque ferme achetée par Terre de Liens, c’est un engagement à ne jamais revendre la ferme pour préserver sa vocation nourricière, de génération en génération, et de la conduire dans le respect de l’environnement. » Aujourd’hui, 12 000 hectares de terres sont préservés, quasiment toutes en bio, et 800 paysans et paysannes installés.

Christine Rivry