
Organisé par l’Itab, ce colloque sur l’usage des produits de protection des plantes en bio est une première, impulsé par un fort besoin d’informations et de clarifications.
“Les attentes en techniques et en intrants évalués sont importantes, explique Monique Jonis chargée de la commission “Santé et protection des plantes” à l’Itab. L’urgence est d’obtenir des inscriptions à l’annexe 1 de la directive 91/414/CE, des homologations nationales de produits et des extensions d’usage, notamment en maraîchage et en arboriculture. Les problèmes ont été listés. Ceux des bio qui se heurtent à un manque de produits homologués. Mais les conventionnels, démunis face aux suppressions de certaines molécules, sont aussi concernés. Par conséquent, la nécessité de constituer des dossiers solides, basés sur des évaluations fi ables menées dans les centres techniques, a été réaffirmée haut et fort. Les programmes européens Interreg franco-belges, Vetabio et Transbiofruits, en action depuis quelques années, contribuent à faire avancer quelques dossiers, en associant chercheurs agronomes et producteurs bio du Nord-Pas-de-Calais, de Wallonie et de Flandre belge. Des résultats intéressants ont été présentés au colloque de Lille.
Alternative à la roténone
La roténone désormais interdite en maraîchage (avec usages néanmoins prolongés en arboriculture, viticulture et pomme de terre jusqu’au 31 avril 2011) impose de trouver des recours fi ables capables de répondre aux besoins des maraîchers bio, et aussi des arboriculteurs qui seront rapidement confrontés au problème. Il existe pourtant un produit intéressant, le Pyrevert (Samabiol), spécialité à base de pyrèthres naturels en solution dans une huile végétale. Or, il n’est, pour l’instant, homologué que sur la vigne contre la cicadelle de la flavescence et le pêcher contre le puceron vert. À la demande du Groupement des agriculteurs bio du Nord Pas-de-Calais (Gabnor), la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) l’a testé contre les altises des crucifères ainsi que sur la principale espèce de puceron observée sur salade dans le nord de la France : Nasonovia ribinigri. Les essais ont eu lieu en conditions contrôlées en salles climatiques, sur des plantes élevées dans des cages insect-proof et contaminées artificiellement par des altises sur navets ou par des pucerons sur laitues. Les résultats confiment l’efficacité de cette spécialité, comparable aux références. De plus, la faible persistance d’action du produit favorise l’installation rapide de la faune auxiliaire après traitement, en accord avec les principes du cahier des charges bio. “Tous ces éléments vont donc être portés au dossier, en vue d’une ouverture d’homologation sur légumes. Son extension sur fruits, notamment sur pommier, est également réclamée”, explique Sandrine Hoste de la Fredon. C’est pourquoi l’Itab va se charger de centraliser tous les résultats d’expérimentation nécessaires à cette évolution.
Bore et essence d’orange : résultats mitigés…
Parmi les alternatives, toutes n’ont pas la même efficacité. Le Prev-B2 (Samabiol), un engrais organique à base de bore associé à de l’essence d’orange et un complexe de co-formulants, fournit des résultats plus mitigés, quoiqu’encourageants. Ce produit de contact agit en asséchant la surface des organes traités, diminuant ainsi le degré d’hydrométrie et la durée d’humectation de ces organes. D’où son intérêt pour stopper le développement de maladies. Cet effet asséchant s’exercerait aussi sur les insectes à corps mou en déshydratant leur cuticule. Au Pôle légumes du Nord Pas-de-Calais (PLRN), les essais sur pucerons de la laitue ont montré une action choc, perceptible deux jours après traitement. Le bémol porte sur la courte rémanence puisqu’une remontée des populations 7 jours après traitement a été observée. Selon ces essais, le Prev-B2 s’avère moins performant que le Pyrevert. Sur l’oïdium de la mâche, en substitution aux limitations du soufre (homologué à deux pulvérisations maximum), la modalité Prev-B2 avec une cadence de traitement tous les 6 à 7 jours à partir du stade trois feuilles a réduit les attaques de moitié par rapport au témoin non traité. Cependant, les résultats restent meilleurs avec le soufre.
… mais encourageants
À Planète légumes en Alsace, les essais sur l’aleurode du chou de Milan hiverné se sont avérés positifs, avec un seul traitement de Prev-B2 (0,8 % à 800 litres d’eau par ha). Un second essai l’a comparé à sept autres produits et un témoin non traité, sur la base de 4 traitements réalisés à 7, 5 et 3 jours d’intervalle, avec différents volumes d’eau par hectare. À la dose de 0,6 % pour le premier traitement puis de 0,8 % pour les trois derniers traitements, le Prev-B2 a donné le meilleur résultat, avec une efficacité par rapport au témoin de 32 % après le deuxième traitement et de 50 % après le troisième, dans des conditions de très forte pression. En arbo, le CRA-W de Gembloux en Belgique a réalisé des tests sur des plantules de pommier inoculées artificiellement avec des conidies de tavelure. Un traitement à 0,5 % de Prev- B2 appliqué soit 12 h avant, soit 12 h après inoculation, a montré jusqu’à 95 % d’efficacité lorsque l’inoculation est modérée. En cas d’inoculation forte, le résultat est en dessous de 50 %. En verger, cinq traitements à 0,5 %, appliqués en 2009 à partir de la fl oraison, sur les pics d’infections primaires, réduisent nettement la maladie par rapport au témoin non traité. Mais pas en dessous d’un seuil d’infection suffisant, ni aussi efficacement qu’en combinant soufre et cuivre.
Contre les ravageurs du chou
La mouche du chou et les chenilles, problèmes récurrents en bio, font également l’objet de recherche en Flandre. Les couvertures microclimatiques ainsi que les filets à mailles fi nes s’avèrent les méthodes les plus efficaces pour combattre les pontes de la mouche du chou, Delia radicum L. La période de couverture doit au moins durer 4 semaines afin que les choux arrivent à résister aux attaques ultérieures. Comme cette technique sert de barrière aux pontes, elle s’avère aussi la meilleure méthode de contrôle contre les chenilles de la noctuelle du chou, Mamestra brassicae. Des filets à mailles plus larges, utiles pour chasser les pigeons, peuvent également être utilisés. Ces investissements sont vite amortis, sachant que les pertes de récolte dues aux dégâts des attaques de chenilles de la noctuelle du chou en automne peuvent dépasser les 50 %. Cependant, des inconvénients existent, tels que l’enlèvement des filets lors du désherbage mécanique et les effets secondaires sur la croissance des cultures.
L’intérêt du Spinosad
D’où l’intérêt du Spinosad, cet insecticide naturel sécrété par la bactérie Saccharopolyspora spinosa, autorisé en bio depuis juin 2008 par la Commission européenne. Les maraîchers de Flandre l’ont adopté pour lutter contre la mouche et les chenilles des choux, les thrips du poireau et la mouche mineuse des cultures sous serre et des endives (il a aussi sa place en culture fruitière). Ce produit s’avère efficace en culture de printemps contre la mouche du chou. En lutte d’automne contre les chenilles de la noctuelle du chou, il doit être appliqué (au moins) à deux reprises durant la culture, alors qu’au moins 5 à 6 traitements avec le Bt (Bacillus thuringiensis) sont nécessaires pour un effet comparable. Le Spinosad apparaît plus satisfaisant dans la lutte contre les chenilles, bien que moins sélectif que le Bt. Parmi les autres résultats présentés, des tests conduits en Belgique et en France pour apprécier l’action du Contans, formule à base de Coniothyrium minitans et préconisé contre les attaques du Sclerotinia sur la laitue, n’ont pas été à la hauteur des espérances. À poursuivre car les résultats obtenus par l’université d’Arizona aux USA étaient plus prometteurs.
Article de Christine Rivry-Fournier paru dans Biofil n°69, mars/avril 2010
Préparations de plantes : tests en cours
Connues depuis longtemps pour leur pouvoir de protection contre des champignons pathogènes ou des insectes ravageurs des cultures, différentes plantes sont utilisées en bio sous forme de décoctions ou infusions, comme l’ail ou l’ortie contre les acariens, le pyrèthre ou la consoude contre les pucerons, la capucine ou l’oseille contre les chancres, etc.. Toutefois, peu d’évaluations ont été menées pour prouver leur efficacité et leurs modalités d’utilisation. Ce qui empêche leur inscription dans l’annexe 1 de la liste des produits autorisés. C’est le cas de la décoction de quassia amara, dont l’action inhibitrice sur les insectes suceurs (pucerons) n’a été énoncée sur l’hoplocampe du pommier qu’en 1986. Depuis, même si divers travaux de recherche ont précisé son intérêt en conditions de production, ses modalités (positionnement de l’intervention, seuil de déclenchement, dose) et ses éventuelles limites ne sont pas établies. La Fredon Nord Pas-de- Calais, dans le cadre du projet Transorganic et, depuis 2008, en lien avec le CRA-W de Gembloux, a lancé des études sur ce thème. Des efficacités à confirmer Six années de suivi confirment l’efficacité de l’application d’une décoction de quassia amara préparée à la ferme, sur les bases de 20 kg (minimum)/ha, en début et en fin de défloraison. Ce, dans le cas où le seuil de 20 hoplocampes capturés par piège durant toute la durée de floraison est atteint. D’autres préparations à la ferme sont en cours d’étude. Contre le puceron des salades en conditions contrôlées, la Fredon Nord Pas-de-Calais note que le purin de fougère et les infusions de menthe poivrée, de lavande et de sureau montrent une efficacité toute relative, entre 7 à 20 % au mieux. Une étude du mode d’action des extraits de plantes les plus pertinents va être lancé pour en savoir plus. Pour consulter les actes complets : www.itab.asso.fr